Étudier en classe la création contemporaine africaine, ses dynamiques et ses trajectoires plurielles
L’ouverture de la Maison des mondes africains (MansA) à Paris offre l’occasion d’étudier la création contemporaine d'un point de vue pluridisciplinaire et panafricain. Cet article propose une sélection de ressources pédagogiques qui interrogent la pluralité des formes d’engagement, les dispositifs artistiques à l’épreuve des mémoires, de l’innovation et des émancipations.
Usages et ancrages dans les programmes
En classe de première, l’étude de la création contemporaine africaine peut s’inscrire dans le cadre de la thématique La circulation des œuvres et les échanges artistiques au sein du programme de la spécialité d’histoire des arts. Les élèves développent une pensée critique en analysant les conditions de production et de réception des œuvres. Ils exploitent les ressources numériques pour comprendre comment les expositions produisent du savoir, déplacent les récits intimes ou collectifs pour repenser les généalogies artistiques.
Les exemples de ressources et de pistes d’activités participent à l’écriture d’une histoire des arts plurielle, ouverte et décloisonnée.
Des ressources documentaires
L’histoire de la réception occidentale de l’art africain contemporain se structure autour de jalons institutionnels majeurs. En intégrant l’Afrique à la création mondiale, l’exposition Magiciens de la Terre au Centre Pompidou et à la Grande Halle de la Villette, en 1989, a marqué une date historique pour les relations artistiques Nord/Sud, comme l’explique Maureen Murphy dans cet article disponible sur OpenEdition. D’autres expositions ont remis en question la centralité occidentale du discours artistique et les modalités de légitimation, comme Africa Remix. L’art contemporain d’un continent en 2005 au Centre Pompidou et Art/Afrique, le Nouvel Atelier à la Fondation Louis Vuitton, en 2017.
Au musée du Quai Branly – Jacques Chirac, l’exposition Ex Africa. Présences africaines dans l’art d’aujourd’hui (2021), propose de décrypter les relations qui unissent la création contemporaine et les arts africains anciens.
Au Centre Pompidou, le ré-accrochage des collections permanentes D’une rive à l’autre : Modernités plurielles, de 2013 à 2015, partage avec l’exposition Paris Noir - Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000, en 2025, une même volonté de repenser l’histoire de l’art en l’ouvrant aux échanges, aux circulations et aux présences longtemps invisibilisées. L’exposition D’une rive à l’autre : Modernités plurielles inscrit les artistes d’Afrique, du monde arabe, d’Asie et de leurs diasporas dans une histoire mondiale de la modernité, qui n’est plus limitée aux seuls centres occidentaux. Paris Noir - Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000 prolonge cette dynamique en se concentrant sur la contribution déterminante des artistes, musiciens, écrivains et intellectuels noirs à la vie culturelle parisienne entre 1950 et 2000.
En classe
Mener un projet collectif en classe de première spécialité d’histoire des arts
Les articles de présentation des expositions sur les sites des musées proposent des éclairages sur la démarche artistique, des visites d’expositions ou encore des reproductions d’œuvres numérisées à projeter en classe. À partir de ces ressources, les élèves peuvent créer des podcasts présentant des œuvres qui établissent des liens avec la scène artistique contemporaine africaine. Les enseignants peuvent s’appuyer sur la page « usages pédagogiques de la webradio » du site éducol.
Une des compétences travaillées : contextualiser en situant les parcours personnels d’artistes dans l’histoire des expositions en France et des collections.
Conduire une analyse au cycle 4 sur le genre du portrait et de l’autoportrait
À partir des ressources suivantes, les élèves peuvent être invités à analyser des portraits et des autoportraits :
- les portraits monumentaux de chefs d’État africains par le peintre américain Kehinde Wiley, présentés au Musée du Quai Branly – Jacques Chirac (2023) explorent la mise en scène du pouvoir ;
- le photographe sénégalais Omar Victor Diop travaille dans sa série Diaspora (2015) sur les figures historiques africaines souvent ignorées du récit occidental, présentées sur le site de la Fondation Louis Vuitton ;
- les portraits de l’« activiste visuelle » sud-africaine Zanele Muholi qui réfléchit au pouvoir du visage comme lieu de souveraineté sont visibles sur le site de la Fondation Louis Vuitton ;
- le photographe nigérian Samuel Fosso explore les thèmes de l’identité postcoloniale et de l’ambiguïté des genres, notamment par ses autoportraits à la manière d’une performance, visibles sur le site de la Fondation Louis Vuitton.
Des compétences travaillées : exprimer un ressenti de manière subjective face à une œuvre et extraire des informations pertinentes d’une ressource numérique pour formuler des arguments objectifs.
Confronter les expressions artistiques sur la thématique de l’altérité et de la rencontre
L’exposition virtuelle Afropolitan comics consacrée à la bande dessinée africaine réinvente la tradition du conte sous l’angle politique. Elle est structurée en trois chapitres : « Autobiographie », « Héros et histoire » et « Folklore et futur » divisés en deux parties donnant à voir les œuvres sud-africaines et panafricaines. Le projet est né, dans le cadre de l’Année de la bande dessinée (BD 2020), en partenariat entre l’Institut français d’Afrique du Sud (IFAS) et la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image à Angoulême.
En musique, il est possible d’explorer la richesse et la diversité des musiques noires à Paris entre 1950 et 2000 à l’aide de la bande sonore officielle de l’exposition Paris Noir - Circulations artistiques et luttes anticoloniales, 1950 – 2000 du Centre Pompidou, composée de quatre sélections thématiques (3 heures chapitrées en plages de quelques minutes) proposées par la MansA.
Dans le film de danse contemporaine La Visite, la chorégraphe et danseuse Wanjiru Kamuyu interroge son parcours personnel d’une femme migrante, disponible en ligne sur le site du Musée national de l’histoire de l’immigration. Une thématiques « Danses Noires », présentée par le danseur et chorégraphe James Carlès, évoque l'origine des danses urbaines actuelles sur la plateforme Numeridanse.
Une des compétences travaillées : articuler des notions en lien avec les représentations et les imaginaires sur les circulations et les exils volontaires ou subis en confrontant des langages artistiques.
Pour aller plus loin
Sur le site du MUCEM, les objets et œuvres présentés dans le cadre de la thématique Mobilité, métissage et communication retracent différents flux, interactions et échanges entre les cultures, et permettent d’aborder la grande diversité des mobilités et échanges dans l’espace méditerranéen.
Les collections en ligne du Musée national de l’histoire de l’immigration ainsi que les dossiers pédagogiques de l’Institut du Monde arabe constituent également de riches ressources pour les enseignants et les élèves.
L’exposition Corps et Âmes de la Collection Pinault (2025) interroge la place du corps comme médium de résistance face aux injustices et oppressions. Peintures, sculptures et photographies y côtoient des références musicales et cinématographiques issues de la communauté afro-américaine. Sur cette vidéo proposée sur la chaine YouTube de la Bourse de Commerce – Pinault Collection, Vincent Bessières explique le travail de recherche musicale effectué en résonance avec les œuvres des artistes présentées (4 min).
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