Développer les compétences psychosociales chez les élèves

Un kit composé de 3 volumes pour conduire des séances d'empathie est à la disposition des enseignants. Un épisode de la série Perspectives sur... propose un éclairage sur les pratiques pédagogiques, la posture et les gestes professionnels lors de la mise en œuvre des séances d'empathie à l'école. Des réflexions complémentaires sont apportées par la recherche.

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Mieux comprendre les CPS

Les compétences psychosociales (CPS) désignent les aptitudes qu’une personne mobilise pour faire face aux exigences de la vie quotidienne et prendre part opportunément à la vie sociale. Ces compétences (telles que l’empathie, la régulation de ses émotions, la capacité d’adaptation ou à communiquer efficacement…) ont pour objectifs d’améliorer les relations à soi, aux autres et aux apprentissages et entrent donc particulièrement en résonance avec le cadre scolaire. De nombreux travaux scientifiques établissent qu’elles sont un facteur-clef de la santé, du bien-être et de la réussite éducative et sociale.

Les CPS sont proches d’autres compétences, comme les « compétences socio-comportementales » ou les « compétences à s’orienter ». Elles ont en commun de désigner des compétences non disciplinaires utiles dans les relations à soi et aux autres, transversales et transférables.

Les CPS se distinguent en ce qu’elles recouvrent la « capacité d’une personne à maintenir un état de bien-être psychique et à le démontrer par un comportement adapté et positif lors d’interactions avec les autres, sa culture et son environnement » (OMS, 1994 - Life skills education for children and adolescents in schools, 2nd rev. Genève: Word Health Organization; 1994). Autrement dit, les compétences psychosociales désignent les aptitudes psychologiques qu’un individu met en œuvre pour s’insérer et agir dans la société. Leur caractère général et transversal apparaît peut-être mieux dans la dénomination anglaise de « life skills », littéralement « compétences de vie », qui est traduit par « compétences psychosociales ».

Les trois grandes catégories de CPS

Infographie les trois catégories de compétences psychosociales

Transcription

Les trois grandes catégories de compétences psychosociales sont les compétentes cognitives, les compétences émotionnelles et les compétences sociales.

Les compétences cognitives impliquent des activités mentales.

Les compétences émotionnelles impliquent des processus affectifs.

Les compétences sociales impliquent des comportements.

Les compétences cognitives et émotionnelles sont des compétences intra-personnelles.

Les compétences sociales sont des compétences inter-personnelles.

Ces informations sont issues du rapport complet de Santé Publique France paru en octobre 2022 sur Les compétences psychosociales : état des connaissances scientifiques et théoriques.

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Pourquoi développer les compétences psychosociales ? Quels sont les effets en milieu scolaire ?

Le développement des CPS présente de nombreux avantages. Il favorise l’autonomisation et renforce le pouvoir d’agir (empowerment) des personnes, le maintien d’un état de bien-être psychologique, la construction de relations saines et positives, l’adoption de comportements favorables à la santé et la réduction des comportements à risque.

Il constitue un levier majeur pour répondre aux défis auxquels l’école est confrontée en ce qu’il contribue au développement d’attitudes positives envers l’école, à l’amélioration de la réussite scolaire et du climat de classe ainsi qu’à l’épanouissement des élèves.

Plusieurs études ont confirmé les effets positifs des programmes de développement des CPS notamment dans le cadre de la prévention des addictions et des comportements à risque ainsi que sur le bien-être et la réussite scolaire. À titre d’exemple, le classement Pisa de 2018 a classé la France 62e sur 65 pays de l'OCDE pour la confiance en soi des élèves, alors que cette compétence est un déterminant de la réussite scolaire (OCDE, 2018 - Résultats du PISA 2015 (Volume III) : Le bien-être des élèves, PISA, Éditions OCDE, Paris).

Schéma simplifié des effets du développement des CPS

Infographie Schéma simplifié des effets du développement des CPS

Transcription

Schéma simplifié des effets du développement des compétences psychosociales (CPS)

Les compétences psychosociales renforcent le pouvoir d’agir sur : le climat scolaire ; la réussite scolaire ; la réussite professionnelle ; la santé globale ; la sécurité.

Elles réduisent les comportements à risque et le mal-être, ainsi que les addictions et les problèmes de santé.

Ces informations sont issues du rapport complet de Santé Publique France paru en octobre 2022 sur Les compétences psychosociales : état des connaissances scientifiques et théoriques.

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Les CPS, pourquoi les développer et comment?

La fiche Les CPS, pourquoi et comment les développer ? Les principaux effet et déterminants présente certains avantages du développement des compétences psychosociales et apporte un éclairage sur des facteurs qui les détermine.

Mener des séances d’empathie dans les écoles maternelles et élémentaires

Les cours d’empathie sont généralisés dans les écoles maternelles et élémentaires depuis la rentrée 2024, dans le cadre du renforcement du volet prévention du Plan interministériel de lutte contre le harcèlement (27 septembre 2023). Une phase d’expérimentation de séances d'empathie a été conduite de janvier à juin 2024 dans plus de 1 000 écoles.

Former les élèves à l’empathie doit améliorer la qualité des relations entre les élèves et favoriser l’acquisition d’un ensemble de compétences indispensables au vivre ensemble, à l’estime de soi, au respect de l’autre et, in fine, à la réussite scolaire de tous les élèves dans un climat scolaire serein. Ce processus prend appui sur seize compétences psychosociales qui constituent les objectifs d’apprentissage des ressources proposées dans ce kit.

Les 3 volumes du kit pour des séances d'empathie à destination des professeurs

Pour accompagner la généralisation des cours d’empathie dans les écoles maternelles et élémentaires, un kit composé de 3 volumes est mis à la disposition des professeurs.

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Perspectives sur la mise en œuvre des séances d'empathie à l'école

Dans le cadre des rendez-vous en ligne Perspectives sur… visant à décrypter l'actualité de l'éducation, la Direction générale de l'enseignement scolaire (Dgesco) vous propose un épisode dédié à la mise en œuvre des séances d'empathie à l'école.

À travers des illustrations en classe de CM1-CM2, cet épisode explore la posture professionnelle d'une enseignante, ses gestes professionnels et ses pratiques pédagogiques lors de séances dédiées au développement des compétences psychosociales. Le regard de la recherche apporte un éclairage complémentaire sur l'importance du développement de la relation à l'autre et de sa mise en pratique au quotidien.

Cette vidéo est disponible avec chapitrage afin d'en faciliter le visionnage. Elle est également disponible sur le site Podéduc.

Vidéo sous-titrée

Transcription

Perspectives sur « Les séances d’empathie à l’école »


 [Caroline Pascal – Directrice générale de l'enseignement scolaire – DGESCO]
Bonjour à tous ! Bienvenue sur cette nouvelle série de perspectives, sur cette série conçue par la DGESCO qui vous propose un éclairage nouveau, un avis d'expert sur les grands sujets d'actualité de notre ministère depuis l'école inclusive jusqu'à l'enseignement des mathématiques. Vous allez avoir là un regard d'expert à partir de vos questions, de celles du terrain et j'espère qu'elles vous conduiront à vous précipiter sur la plateforme Magistère ou encore vers vos écoles académiques de formation continue pour prolonger encore ce travail qu'on vous propose aujourd'hui. Bienvenue et bon travail. 
[Claire Bey — Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale (DGESCO)]
Bonjour à toutes et tous et bienvenue pour ce nouvel épisode de perspective sur consacré à la mise en œuvre des séances d'empathie à l'école. Je suis Claire BEY cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale à la DGESCO, et je m'occupe notamment du bien être des élèves et du développement des compétences psychosociales. Pour cette émission, je serai accompagnée par deux experts de terrain. Bonjour Émilie Bouyer, professeure des écoles dans l'académie de Versailles et Éddy Maréchal IEN de la circonscription dans laquelle vous exercez. Afin de nous permettre d'inscrire ces pratiques de terrain dans un cadre scientifique, nous avons invité également Thomas Villemonteix, maître de conférences à l’UFR de psychologie de Paris huit, qui travaille depuis plusieurs années avec des écoles de la région parisienne. Mais avant de leur donner la parole et d'aller rencontrer les élèves de la classe de madame Bouyer, il me semble important de bien comprendre de quoi nous allons parler. De quoi parle-t-on quand on parle de ces cours d'empathie ? Ce sont des séances mises en œuvre par les professeurs dans leurs classes et qui visent à développer les compétences psychosociales de leurs élèves. Ces séances, qui sont un peu d'un genre nouveau, en tout cas dans le cadre scolaire, ne sont pas toujours bien connues. Mais on va en parler. Santé publique France a classifié les compétences psychosociales en trois grandes catégories : les compétences cognitives comme par exemple la connaissance de soi, l'esprit critique ou la capacité à résoudre des problèmes, les compétences émotionnelles qui permettent de mieux connaître et de mieux gérer ses émotions et son stress, et les compétences sociales qui sont par exemple le développement de l'empathie, des comportements altruistes et d'une communication efficace. Globalement, ces compétences, elles visent à améliorer les relations à soi et les relations aux autres. Mais ce sont aussi des compétences qui permettent l'autorégulation de nos conduites, de nos comportements, de nos émotions et aussi de nos stratégies cognitives. Et donc, c'est un enjeu fondamental à la fois pour la réussite de nos élèves, mais aussi pour leur bien être, pour le climat scolaire et dans le cadre de la lutte contre le harcèlement. Donc, le développement de ces compétences, c'est même un meilleur prédictif de la réussite scolaire que l'origine sociale des élèves. Avant d'aller concrètement voir un exemple de ces séances dans la classe de madame Bouyer, je voulais terminer sur un rapide point de vigilance. Ces séances, elles ont vocation à être mises en œuvre par les enseignants eux-mêmes, comme on va le voir ici, car vous êtes des experts de la pédagogie. On va en parler et vous seul saurez faire des CPS des objets d'apprentissage en lien avec votre classe. Donc pour vous y aider, autour de cette table, on va parler postures professionnelles, gestes professionnels, pratiques professionnelles avec tous nos invités. Donc, je vous propose maintenant de plonger directement dans le sujet en allant assister à une séance sur les émotions dans la classe de sixième en CM1-CM2 de madame Bouyer. Cette séance est tirée du kit Empathie qui est un outil de la DGESCO que vous retrouverez sur la page Éduscol consacré au CPS qui propose des exemples de séances et des éclairages théoriques pour mieux définir et comprendre chaque compétence visée et identifier les bénéfices à la travailler en classe. Vous vous êtes emparée de cet outil et de cette séance et donc on va regarder tout de suite un extrait. 
[Séance d'empathie en classe de CM1-CM2 - 1re partie]
Aujourd'hui, on va travailler sur une nouvelle notion : « communiquer de manière empathique ». Vous allez donc apprendre à mieux parler, à mieux vous écouter et à reformuler un message. Avant de commencer cet exercice, vous allez avoir besoin des émotions. Qui se souvient ? La surprise, l'amour, la joie. Une émotion, c'est quelque chose que l'on ressent et que l'on ne contrôle pas. Chaque émotion, si elle n'est pas exprimée puis écoutée, comprise, consolée, elle peut se prolonger par un sentiment qui dure : amour, haine... attention: des angoisses ou des peurs. Alors aujourd'hui, du coup, je vous ai dit, on va apprendre, on va travailler sur l'empathie. C'est votre capacité, notre capacité à se mettre à la place de l'autre, à comprendre ce qu'il ressent. Alors la situation : une expérience agréable, désagréable à raconter. Vous vous doutez bien que je ne vais pas vous laisser comme ça. Ça va être très structuré, structuré sur comment s'exprimer, comment mieux parler. Et celui qui va écouter, qu'est-ce qu'il va devoir faire ? On regarde. Pour l'instant, ça c’est pour tous. Peu importe le rôle que vous aurez, il va falloir dire où ça se passe, votre expérience agréable ou désagréable. Quand ? Quoi ? Qu'est ce qui s'est passé ? Comment ? De quelle manière ? Donc si je dis mieux parler, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il va falloir respecter des choses. On appelle ça la structure du langage. Comment on va respecter ? Je vais, Victoria, je vais te raconter, c'est elle qui parle, je vais te raconter une expérience que j'ai vécue. Elle continue. J'étais avec. Elle était, soit toute  seule, avec qui elle était, elle va raconter, c'est selon son histoire. Ça, ça touche au langage. Mieux parler. Ça va être l'objectif. C'est lui qui écoute. Mieux écouter, c'est celui qui écoute et qui va restituer le récit. C'est l'écoutant, l'objectif. Tu as ressenti, ça va permettre à celui qui écoute et qui s'est fait ce film dans sa tête d'entrer dans l'expérience de l'autre. Du coup, celui qui est écouté, il va sentir qu'il a de l'importance pour celui qui l'a écouté. C'est très important d'arriver à structurer votre langage. On ne part pas dans n'importe quelle direction. Qui est dans le rôle de celui qui parle, qui raconte sa propre expérience. Oui, tu le laisse faire, Lola, laisse le réfléchir, d'accord ? Naya, elle va te raconter quelque chose et exactement mieux l'écouter. Parce que écouter, c'est facile, mais mieux l'écouter, l'écouter attentivement. Et comme ça, toi, tu vas lui restituer, tu vas lui redire, reformuler ce qu'elle t'a raconté. Alors on y va, raconte lui. Elle t'écoute, regarde, elle est tournée vers toi. Elle est dans l'écoute attentive. Allez ! Après on fera le bilan. Qu'est ce que vous avez compris ? Moins compris? Pourquoi on fait ça ? 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Alors, madame Bouyer, je me tourne immédiatement vers vous. On vous sent très à l'aise sur cette séance. Est-ce que vous pouvez nous dire comment vous en êtes arrivée à mettre en œuvre ces séances d'empathie ? Et puis, peut être plus spécifiquement, quels étaient vos objectifs pour cette séance ? 
[Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Bien sûr, j'ai toujours voulu favoriser un environnement d'apprentissage respectueux, serein sur ma classe, sur mes classes et encourager la coopération entre les enfants, entre les élèves, Ça me semble primordial. Donc, petit à petit, je me suis renseigné sur Internet, j'ai lu beaucoup d'ouvrages et ma pratique de classe a doucement glissé vers l'enseignement des compétences psychosociales. Je suis vraiment, intimement convaincu de la nécessité de cela, que l'élève, que l'enfant, soit dans une sécurité affective pour pouvoir apprendre. Et en tant qu'enseignante, je suis persuadée que c'est mon rôle. Voilà. Maintenant, ça fait partie intégrante de ma pratique en classe, de mes gestes professionnels. J'ai depuis plusieurs années maintenant un climat de classe beaucoup plus apaisé, une gestion des conflits beaucoup plus apaisée également, où on gère les conflits directement. Les enfants sont beaucoup plus sereins, il y a de la coopération entre les élèves. Et concernant cette séance, l'objectif était vraiment que les élèves puissent comprendre et apprennent à mieux s'exprimer, à mieux écouter. Je voulais qu'ils apprennent à développer leur écoute empathique et comment on prend en compte l'autre. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Merci beaucoup. Monsieur Maréchal, vous suivez le travail de madame Bouyer depuis quelque temps déjà et vous m'avez vous dit, le témoin de l'impact de la mise en œuvre de son enseignement, notamment à travers ces séances autour de l'empathie. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? 
 [Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
Oui, je vais essayer. Donc en fait, j'ai rencontré madame Bouyer à l'occasion d'un entretien de carrière et je me suis rendu compte à la fois en observant sa séance, en observant le local, l'organisation pédagogique et en compulsant aussi ses documents professionnels que le bien être des élèves et la construction des compétences psychosociales était une espèce de fil rouge dans sa pratique qui résonnait sur un ensemble de domaines d'apprentissage et qui tissait des liens avec l'ensemble des éléments du programme. C'était vraiment quelque chose imbriqué dans un espèce d'écosystème pédagogique et que voilà tout ce qui était fait, tout ce qui était décidé, tout ce qui était présent sur les murs de la classe, etc..., rien n'était là par hasard. Et c'est le fruit d'une longue réflexion et c'est pour cette raison que j'ai continué à suivre ce travail. [Claire Bey — Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale (DGESCO)]
Madame Bouyer, vous avez mentionné tout à l'heure l'impact que vous constatez sur le climat de classe. Ce que j'aimerais savoir est-ce que vous constatez aussi un impact sur les apprentissages ? Est-ce que est ce que vous constatez que vos élèves développent des compétences, y compris disciplinaires, avec ce type de séance ? 
[Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Oui, j'ai clairement des élèves du fait qu'ils se sentent en sécurité affective, qui ont beaucoup plus participé, qui lèvent la main, qui collaborent aussi ensemble. La collaboration au sein de la classe est très, très importante. Ils se font beaucoup plus confiance eux-mêmes et aussi confiance envers les autres. Ils se sentent valorisés dans les apprentissages. C'est des élèves qui se mettent beaucoup plus facilement au travail, qui entrent beaucoup plus facilement dans la tâche. Et ils se mettent en difficulté. Et ils osent faire des erreurs et le rapport à l'erreur est complètement différent. Tout est plus simple. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Oui, vous décrivez des compétences qui sont essentielles pour accéder aux apprentissages et pour mieux apprendre. Est-ce que vous avez aussi constaté, est-ce que vous travaillez aussi des séances disciplinaires ensemble. On voit à un moment un travail autour du langage ? 
[Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Oui, on travaille sur sur la structure du langage. Ca me semble assez primordial également. Et donc on travaille énormément le langage, à apprendre à mieux s'exprimer. Donc c'est pour ça que je cherche à ce que l'élève structure sa manière de parler. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Monsieur Maréchal, je crois que vous m'avez dit également que c'était une école qui bénéficiait d'un accompagnement particulier pour laquelle des besoins avaient été repérés. Vous pouvez nous en dire plus ? 
[Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
Alors oui, nous avons un dispositif départemental de suivi des écoles qui présentent le plus d'élèves en difficulté sur les résultats aux évaluations nationales. Et donc on en a trois par circonscription et nous les suivons. Et nous avons mis en place un dispositif de suivi spécifique avec une formation adaptée qui est une formation d'équipe. On suit et on accompagne l'équipe à l'occasion d'une formation qui est triennale, sur les trois années pour essayer de développer des objets de travail, des objets de réflexion avec les équipes et des objets de formation. Et pour voir dans quelle mesure on arrive à impacter le résultat des élèves avec ce travail de suivi qui est mené par l'ensemble de l'équipe de circonscription. C'est aussi une école qui porte un autre projet ministériel qui est celui de la tenue unique. Voilà, on peut le voir sur les images. Donc voilà les sujets dans le cadre de ces deux expérimentations. Oui, et on voit bien, moi qui me suis déplacée dans l'école, on voit bien toute cette dynamique d'équipe qui est effectivement très présente. C'est une équipe au travail. Et puis encore une fois, par rapport au profil des élèves, on est sur une vraie variété de profils d'élèves. Il y a des élèves en situation de handicap dans la classe, il y a des élèves à comportement qui interrogent un peu le cadre et qui sont difficiles. Donc là, ce qu'on voit sur les images, c'est vraiment le résultat d'un travail de fond. Et encore une fois, on est qu'au mois de septembre, donc, lorsque les élèves sont exposés pendant toute une année scolaire à ce type de pratique pédagogique, on ne peut qu'imaginer la qualité du résultat final au regard de ce qu'on voit en début d'année sur les images. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Eh bien, je vous propose de retourner tout de suite voir ces élèves au travail pour la dernière partie de la séance. Donc c'est la dernière phase de la séance et après on a un temps d'échange avec les réactions des élèves. On regarde le bilan de la séance. 
[Séance d'empathie en classe de CM1-CM2 - 2e partie]
Qu'est-ce qu'on a appris là ? Sur quoi on a travaillé ? Quel était l'objectif ? Qu'est ce que vous avez appris ? Imrane. De partager un moment avec l'autre et espérer qu'il comprenne. J'ai appris beaucoup de choses sur poser des questions. Quand l'autre dit quelque chose, à mieux comprendre l'autre et je connais plus maintenant. Le sens des émotions nous permet de comprendre ce que l'autre a ressenti. Ça permet de mieux connaître la personne, apprendre à mieux s'exprimer, à savoir se mettre à la place de l'autre, parce que si tu dis quelque chose qui peut blesser et que tu sais pas que ça peut blesser, bah il faut s'excuser. Déjà comment on écoute attentivement ? Qu'est-ce que ça veut dire en fait ? Écouter attentivement. Amina. Répéter ce que l'autre a dit. Lola. En reformulant ses mots, ses craintes. Noha. regarder droit dans les yeux. Oui, donc ça vient, on se rend compte que quand on écoute attentivement, C'est le corps aussi. A chaque fois qu'Ibrahim me disait quelque chose, je me disais ok avec ma tête. Voilà. Donc il y a le geste, il y a la tête, il y a les mimiques des fois que vous avez au niveau du visage. Qui s'est senti écouté, compris ? Je pense qu'Ibrahim ça l'a aidé parce que souvent en classe, il parle pas beaucoup, il arrive pas. Je pense que parler à Maya, ça lui a fait du bien. Je pense aussi. Tu avais l'air très attentif à ce qu'il te disait. Qui n'a pas aimé faire cet exercice là ? Tu n'en as pas senti l'utilité ? Ça peut, ça peut ne pas être utile pour vous là, à l'instant T et peut être plus tard ou vous vous direz ah oui, j'ai travaillé ça et là, j'en ai besoin. Je pense que ça va me servir dans la cour de récréation, en dehors de l'école. Ca va me servir qaund je serai plus grande parce qu'il y a très peu de gens qui sont empathiques. Essayer ensuite de rendre d’autres personnes empathiques pour éviter de blesser d'autres personnes. J'ai bien aimé ça. C'est la meilleure chose de la journée. Moi aussi. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Madame Bouyer, nous venons de voir un temps qui, je crois, est essentiel dans votre séance qui est un temps de retour réflexif avec les élèves sur ce qui se joue, sur ce que les élèves ont appris. Comment est-ce que vous envisagez cette partie de la séance ? À quoi sert-elle alors ? 
[Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Cette phase de explicitation, elle est essentielle. A chaque début de séance, je questionne les élèves : Qu'est ce qu'on va apprendre ? Pourquoi on va apprendre ça ? On retravaille vraiment pour qu'ils comprennent tout l'intérêt de cette séance. Et à chaque fin de séance, il y a également un retour, on met des mots sur ce qu'on a, sur ce qu'on a appris, pourquoi on a appris ça, ce qui leur permet de remobiliser leurs connaissances par la suite. Mon objectif, c'est vraiment de favoriser par des explications très claires, en les guidant le maximum possible, qu'il y ait un engagement actif des élèves et une meilleure compréhension de l'objet d'apprentissage. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Oui, on voit bien dans votre dans votre séance que cet objet d'apprentissage, cette compétence psychosociale, c'est extrêmement explicite pour les élèves. Je me tourne vers Monsieur Maréchal. En tant qu'inspecteur, quel regard vous portez sur l'animation de cette partie de la séance ? 
 [Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
Ce qui saute aux yeux, c'est la clarté cognitive. C'est à dire que l'enseignante donne aux élèves les moyens de comprendre ce qu'ils font, comment ils le font et pourquoi ils le font. Donc, les tâches scolaires sont identifiées par les élèves, la manière de les réaliser, le côté matériel et organisationnel, c'est aussi très clair pour eux, mais également les enjeux d'apprentissage sont partagés. Donc les enfants savent pourquoi on leur propose ce type de tâches et donc forcément, c'est porteur de sens pour eux. Ça donne du sens et ça s'inscrit dans ce paysage pédagogique que met en place Mme Bouyer pour que les élèves mettent du sens sur tout ce qui est fait en classe. Voilà. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Je me tourne vers monsieur Villemonteix. En tant qu'enseignant-chercheur, quel regard portez ? Qu'est-ce qui se joue finalement dans cette séance ? 
 [Thomas Villemonteix - Maître de conférences - Université Paris 8]
Oui, alors cette séance, elle pose les prémices d'une compétence fondamentale parmi les compétences psychosociales, qui est la capacité d'écoute empathique, qui fait partie de la CPS plus globale. « Savoir communiquer de manière constructive », et cette capacité d'écoute empathique, c'est notre capacité à écouter attentivement le point de vue de l'autre et y compris à identifier les éléments émotionnels dans son récit. Donc, on comprend bien que c'est une compétence fondamentale de la vie en société. On voit que parfois, à notre époque, dans les débats publics, on a des difficultés à entendre le point de vue de l'autre, à le prendre en considération. Et puis, c'est aussi une compétence importante dans beaucoup de métiers. Évidemment, tous les métiers de la relation à l'autre, du soutien à autrui. C'est toujours une violence lorsqu'on a une interaction avec quelqu'un et qu'on a le sentiment de ne pas être écouté véritablement, de ne pas être entendu. Donc, c'est vraiment un ciment pour la vie en société, pour la vie de groupe. Et on voit là dans l'apprentissage qu'il y a plusieurs composantes qui vont permettre de déployer cette compétence. La première, c'est une composante attentionnelle. Pour pouvoir écouter et être empathique, on a besoin de diriger notre attention vers l'autre, ce qu'on appelle son soi interne, c'est à dire ses émotions, ses pensées éventuelles. Dans un premier temps, être attentif. Et puis, dans un second temps, il y a un effort de mise en récit, de reconstruction de la pensée ou du point de vue de l'autre pour pouvoir lui restituer et vérifier si notre compréhension a été bonne ou s'il y a besoin de certains ajustements. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Monsieur Villemonteix par rapport à cette séance qu'on vient de voir la démarche pédagogique qui était à l'œuvre, est-ce que vous avez des commentaires à faire, en particulier sur cette phase de métacognition qu'on a pu observer ? 
 [Thomas Villemonteix - Maître de conférences - Université Paris 8]
Oui, bien sûr. Alors ce qui est important, on l'a vu, c'est l'explicitation des objectifs de la séance. C'est un peu le point de départ, mais aussi un point d'arrivée dans cette séance qui est très important. Qui est ce temps final d'analyse de ce qui a été appris. Et il y a là un travail métacognitif parce qu'on va revenir sur les étapes qu'on a dû mobiliser pour déployer la compétence et on va mémoriser ces étapes et on va pouvoir ensuite plus tard les réinvestir dans d'autres situations. C'est ce qu'on appelle le transfert de la compétence, pour les mobiliser à nouveau. Et c'est ce qui signe véritablement un apprentissage formel des compétences psychosociales par rapport à d'autres activités. On va pouvoir inciter les élèves à essayer de s'écouter, à essayer de prendre en considération les émotions d'autrui. C'est aussi des temps importants, différents, mais là, on est sur un apprentissage explicite, cohérent, avec une stratégie de mise en œuvre de la compétence et un travail métacognitif final qui permet de vraiment mémoriser ce qui a été appris et de favoriser la réutilisation ultérieure. Oui, je crois que c'est effectivement ce qu'on voit de manière très, très claire dans cette séance. C'est vraiment cette compétence psychosociale finalement comme objectif d'apprentissage et non pas uniquement mobilisée comme comme on peut le voir.
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Je me retourne vers vous, madame Bouyer, parce qu'elles sont essentielles ces compétences, elles sont essentielles. ces séances on l'a dit aussi, mais très concrètement, comment faites vous pour les inscrire dans la vie de la classe ? On sait que les emplois du temps sont parfois déjà bien chargés. Donc est-ce que c'est une question que vous vous êtes posée et comment vous avez répondu à cette question ? 
 [Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Alors c'est une séance français qui est complètement intégrée dans les disciplines. C'est une séance de français. On peut complètement intégrer ces CPS On a EMC, en résolution de problèmes, dans des séances de français. C'est vraiment un temps qui est identifié et qui est inscrit. On a commencé à en discuter justement en équipe parce que j'aimerais beaucoup pouvoir impulser ça au sein de l'école. Et c'est vrai que ce qui revient assez régulièrement, c'est cette difficulté de pouvoir inscrire ces CPS dans l'emploi du temps. C'est là, c'est compliqué, à quel moment on va le faire ? Alors que c'est clairement identifié, un temps qui est inscrit et c'est clairement faisable en fait. Donc on travaille la-dessus avec l'équipe sur l'école pour pouvoir développer ça et assez facilement en fait. Voilà. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Oui. Et je crois savoir qu'il y a déjà des collègues qui se lancent dans cette aventure ? Et on voit très clairement dans la séance dans laquelle nous sommes allés filmer qu'effectivement il y a des compétences langagières, on l'a déjà dit, qui sont travaillées et donc c'est inscrit sur un créneau de français. Oui. Et vous, Monsieur Maréchal, en tant qu'inspecteur, est-ce que c'est une inquiétude que vous avez pu mesurer, entendre de la part des enseignants de votre circonscription ? 
 [Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
On ne peut qu'entendre ces inquiétudes légitimes des enseignants. Les programmes sont denses, les contenus sont là, l'emploi du temps n'est pas extensible. Donc la question se pose d'un élément de plus dans ce programme, dans cette organisation pédagogique, comment est-ce qu'on fait tenir un apprentissage un peu formalisé de l'empathie et des compétences psychosociales ? La réponse, c'est celle que vient de donner notre collègue, c'est à dire cette implication, cette intégration dans l'ensemble des disciplines et des programmes fait que ça prend naturellement sa place dans les temps d'apprentissage de la classe. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Merci beaucoup. Je vous propose qu'on aille regarder un troisième extrait qui montre Madame Boyer, comment vous utilisez l'espace de votre classe comme un véritable outil au service de votre pédagogie et du développement des compétences psychosociales de vos élèves. 
 [Séance d'empathie en classe de CM1-CM2 – 3e partie]
Au niveau des espaces, donc la disposition de la classe. J'ai toujours travaillé comme ça, en U, vous voyez, c'est très ouvert. J'ai ici un ilot central. C'est des élèves qui ont besoin de plus d'attention de ma part. Là, on a d'un côté le groupe CM1 très ouvert et le groupe CM2 très ouvert également. C'est très ouvert. C'est un vrai choix de ma part. J'ai une table également là-bas. Quand ils veulent lire, quand ils veulent faire un travail, c'est complètement libre. Par exemple, dans la séance de cet après-midi, dans les binômes, il est possible que certains aillent s'installer par groupes de deux, aillent se mettre là-bas. Ça, c'est le coin, c'est la fusion des émotions. Quand ils le souhaitent, ils déplacent leur petite étiquette. Et ça, c'est chaque enfant pareil, totalement libre, quand ils le souhaitent, ils viennent dire je félicite un camarade, ils ont des petites étiquettes ici, ils mettent. Moi je peux aussi, Lydie l'AESH aussi, on le met. Je propose, là, ils ont proposé beaucoup de choses qui sont en fait un vote au moment du vendredi soir. On a un conseil des élèves et on vote ensemble. Et j'ai un problème. Des petits problèmes où ils ont posé leurs petites étiquettes, et ils veulent revenir là-dessus. Donc tout un travail se fait au niveau des émotions. L'année dernière, j'ai travaillé sur le livre et « dans ta tête à toi ». Donc ça nous a permis de travailler le vocabulaire. Et là, en ce moment, je suis en train de travailler sur la gestion du stress pour essayer d'avoir des élèves plus apaisés qui se sentent mieux et qui arrivent surtout à comprendre pourquoi, pourquoi je stresse, Qu'est-ce qui se passe ? La semaine dernière, j'ai senti qu'il y avait du stress de la part de certains. J'avais un élève, par exemple, qui stressait, qui tremblait. Et là je me suis dit mais qu'est-ce que je peux faire pour l'aider parce que c'est plus possible ? Et du coup, je me suis dit je vais aborder cette thématique là et on va travailler ça ensemble. Et finalement, j'ai découvert que j'avais pas mal d'élèves qui étaient stressés, qui étaient parfois moins à l'aise et qui ne comprenaient pas pourquoi et ce qui se passait. Ici, très important, c'est l'espace compliments où chaque enfant a son enveloppe, à créé, sa petite enveloppe et où n'importe qui peut venir lui déposer un compliment. C'est tout le travail que j'ai commencé à mener. Il y a la douche, des compliments aussi. Et des fois dans la gestion d'un problème, la semaine dernière, j'avais un enfant qui était très contrarié par une situation. Et donc on s'est dit tiens, pour essayer de le revaloriser, pour qu'il reprenne confiance. Les camarades se sont succédés et du coup ils lui ont fait des compliments et il a complètement changé, il s'est senti valorisé, ça lui a fait du bien. Et donc là, un compliment, qu'est ce que c'est ? Et qu'est-ce que ça fait de recevoir un compliment ? Parce que j'ai vu certains élèves qui avaient beaucoup de difficultés avec recevoir le compliment, qui étaient très gênés. Et j'ai des élèves qui également, quand ils font un compliment, sont également très gênés. Il y en a qui ne souhaitent pas dire, par exemple quand ils font un compliment, qu'ils mettent dans l'enveloppe, ils ne souhaitent pas dire chez moi, j'ai fait ce compliment. Donc ça, c'est l'affichage, c'est les paroles des enfants, c'est eux, c'est construit avec eux. La plupart des affichages sont construits avec eux justement pour que ça ait du sens. Sur la valorisation de soi. Donc ça, c'est des activités de début d'année. C'est un temps qui est plus propice pour moi pour développer ce genre d'activités, pour apprendre à se connaître. Chaque enfant avait « Je suis extraordinaire parce que ». Et il devait définir pourquoi il est extraordinaire et on se rend compte que certains enfants avaient du mal à se définir, à définir ce qui faisait qu'ils étaient extraordinaires. Est-ce que déjà pour eux, je suis extraordinaire ? Je ne sais pas. C'est pas le cas. Ils ont ils ont beaucoup de mal avec ça. Dernier petit point, les affichages. Ils bougent, tout bouge. Voilà, je suis vraiment partisane de ça. Et donc du coup, ça, ce sont des activités que je mène au tout début de l'année, donc la semaine de rentrée. Comment aimeriez-vous vous sentir en classe ? Je travaille avec des post-it. En fait, les enfants, ils prennent librement un post-it et ils vont inscrire ce qui leur semble essentiel pour eux. C'est en fonction des besoins de mes élèves, comme les compétences psychosociales que je travaille dans la classe. J'évalue au départ les besoins de mes élèves. Je ne fais pas, c'est pas du hasard, c'est en fonction des besoins de mes élèves. Et donc ça, c'est vraiment on appelle ça la charte de notre classe. C'est ce qui nous unit. Je dis nous parce que vraiment je m'englobe. C'est ce qui nous caractérise. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Alors, dans la deuxième vidéo que nous avions regardée ensemble, on voit bien qu'on est dans un apprentissage formel des compétences psychosociales, avec justement un temps spécifique dédié, et dans la vidéo qu'on vient juste de voir à l'instant, on voit plutôt comment l'enseignante a agit sur son environnement et pour faire une classe plus CPS. Donc on est davantage sur des apprentissages informels. Monsieur Villemonteix, qu'est ce que vous pouvez nous en dire ? 
[Thomas Villemonteix - Maître de conférences - Université Paris 8]
Oui, effectivement, et je pense que là, il y a une belle complémentarité entre ces deux temps. Et il est vrai que l'apprentissage des compétences psychosociales sera peu efficace s'il s'arrête à la porte de l'activité formelle et qu'il y a besoin de relais dans la vie quotidienne des élèves pour qu'ils puissent pratiquer ces compétences psychosociales. Et donc ce qu'on voit là dans la classe, c'est exactement ça. Ce sont des relais formels, des outils, des dispositifs qui vont inciter les élèves à mobiliser ces compétences, leur rappeler les étapes clés de l'utilisation des compétences et également les valoriser lorsqu'ils sont allés mobiliser telle ou telle compétence psychosociale. Et donc, c'est ce qui va permettre, dans un second temps, l'intégration de cet apprentissage dans la vie de la classe. Et c'est ça va se faire au bénéfice de cette vie affective de la classe qui sera plus apaisée, plus sereine, où les émotions positives auront leur place. C'est ce qu'on voit ici. Il y a des incitations par certains affichages à donner la place à ces émotions positives. Et j'ai beaucoup aimé le fait également qu'on voit une séquence qui porte sur la communication des émotions positives. Dans les groupes d'habiletés sociales, on travaille sur ses compétences relationnelles. On sait que c'est parfois une difficulté, en France notamment, que de communiquer autour des émotions positives. C'est pas toujours dans notre logiciel culturel et c'est intéressant de voir comment on peut le développer à travers ce type d'activité. Donc le compliment comme moteur d'apprentissage. Et je crois avoir compris que ce sont des compliments qui sont parfois rédigés par vous et parfois rédigés par des élèves pour pour d'autres élèves. Il y a, un coin avec des enveloppes, en fait, qu'on a créé tous ensemble. Chaque enveloppe a le prénom d'un élève et c'est le coin des compliments. En fait, ils sont libres aussi quand ils le souhaitent, d'aller mettre un compliment dans l'enveloppe. Et puis quand parfois, c'est les élèves qui me disent la maîtresse est-ce qu'on peut regarder nos enveloppes ? Et il y a les petits post-it et on les retrouve sur les bureaux. En fait, ils ont collé leurs petits post-it, ça les valorise et ils se sentent bien. Et j'ai de plus en plus de bureau. Il y a les petits post-it, ils ont le besoin de les garder et surtout de les avoir sous les yeux. Parce que je leur ai demandé, je leur ai dit si vous voulez, vous pouvez les ramener à la maison. Ils me disent non, non, non, on préfère les avoir sous les yeux. Donc ça les valorise et ça leur fait du bien. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Madame Bouyer, est-ce que vous pouvez me dire comment vous avez utilisé les espaces de votre salle de classe ? On voit qu'elle est vraiment aménagée de façon très spécifique. Donc, quelle était votre intention ? Comment vous avez mobilisé ce levier ? 
 [Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
L'Espace de la classe, ça doit être véritablement l'espace des élèves. D'ailleurs, je parle de notre espace. J'ai besoin que les élèves dans la classe se sentent bien pour ça. C'est vraiment répondre à des besoins fondamentaux. Le besoin de bouger. Ils ont la possibilité de se lever par rapport aux différents affichages s'ils veulent, par rapport aux émotions, s'il y a quelque chose à... s'ils veulent changer leurs étiquettes. Ils ont aussi la possibilité d'avoir du temps pour eux quand ils ont terminé leur travail. S'ils veulent lire et s'isoler un peu du groupe, justement, ils ont cette possibilité là. Ils ont la possibilité de travailler en atelier. J'ai une grande table ronde derrière et souvent ils font des exposés. Je fais beaucoup d'exposés sur la classe et les enfants peuvent travailler ensemble, faire des recherches. Mais tout ça, c'est vraiment oui. Ils ont la possibilité de se lever, mais il y un cadre. Ca se passe bien justement parce qu'il y a ce cadre. Ils savent qu'ils ont la possibilité de... Mais ils savent aussi que derrière, il y a un cadre et qu'on ne fait pas n'importe quoi. Ils ne font pas n'importe quoi. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Ce qui est assez original, j'ai noté justement par rapport à ce travail qui peut être mené dans pas mal de classes autour, autour des règles de vie de la classe et qui est essentiel dans une classe. Effectivement pour avoir ce cadre propice aux apprentissages que vous avez décrit. Mais il me semble que dans le travail que vous avez mené, vous l'avez dit un petit peu, vous êtes parti des besoins des élèves pour pouvoir définir ces règles. Et vous avez aussi employé le terme de notre espace c'est pas uniquement l'espace des élèves. Vous avez une place dans cet espace qui est prévu. 
 [Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Exactement ! Je circule énormément en classe. J'ai une chaise roulante, quand je fais beaucoup d'atelier, je passe d'un élève à un autre. C'est très ouvert la disposition des tables. C'est justement pour moi me donner la possibilité de circuler, d'échanger facilement avec eux, qu'ils échangent ensemble. Mais moi, pour que je puisse circuler, passer d'un îlot à un autre, passer d'un bureau à un autre. Il y a un coin regroupement. Comme j'étais enseignante en CP au départ, j'ai voulu le garder. Alors certes, ma classe est très grande. Je pense sincèrement que ce serait faisable également dans un espace plus petit. Et j'ai gardé cet espace là parce que souvent, on fait, il y a des temps de lecture. Par exemple, on travaille la mythologie, le feuilleton d'Hermès, on se regroupe tous ensemble. Il y a les exposés qui se passe ici, où c'est parfois libre. Les élèves veulent le faire devant toute la classe. Il y a des temps d'apprentissage où ils sont assis, où on travaille. Mais j'ai réellement ce besoin que ce ne soit pas le côté trop formel d'être assis derrière le bureau. Voilà, j'ai besoin qu'ils circulent. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Merci. Je me tourne vers vous, Monsieur Maréchal. Votre regard d'inspecteur sur la manière dont la classe a été utilisée au bénéfice du développement des compétences psychosociales des élèves. 
 [Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
La gestion des espaces de la classe, c'est absolument remarquable. Cette espèce de U qu'on pourrait appeler une espèce d'agora. Tout le monde se fait face en fait. Donc, il n'y a pas d'élèves qui sont derrière le dos d'autres. Tout le monde est connecté par le regard, par la communication non verbale. Ça favorise les situations de débats, d'échanges. Et ça vient renforcer d'autres dispositifs, d'autres organisations comme effectivement la table ronde qui est en fond de classe et qui permet des organisations de micro collaborations à des moments sur les exposés, etc... Et puis des espaces très individuels aussi, où les élèves peuvent aller se ressourcer, s'écarter un peu du groupe classe. Oui, on peut appeler ça un espace ressource quelque part. Et puis aussi des zones, des zones de petite ou de grande collaboration avec la zone regroupement qu'on trouve beaucoup dans les classes de maternelle et qui a été reprise comme ça et qui sert aussi sur les temps qu'on a pu voir sur les vidéos précédentes. Donc on a vraiment une gestion des espaces où rien n'est laissé au hasard. Tout a été pensé, tout a été réfléchi et tout a une raison d'être. Et on retrouve aussi cette démarche, cette réflexion pédagogique au niveau des affichages. Tout ce qui est affiché sur les murs a aussi une raison d'être. N'est pas là par hasard. C'est le fruit d'un vécu de classe. C'est le fruit d'un temps, c'est le résultat d'un temps d'apprentissage qui a laissé une trace sur les murs de la classe. Je pense que si on prend n'importe quel élève dans la classe et qu'on lui pose la question du pourquoi, du comment, d'un affichage, il est en capacité de répondre parce que ça fait partie du vécu commun. Et donc, en plus, l'enseignante, on le voit dans les vidéos, s'y réfère assez régulièrement. Donc madame Bouyer se sert de ces affichages comme de véritables outils à différents moments de l'apprentissage de ses élèves. Donc vraiment, on est sur une espèce de d'écosystèmes pédagogiques qui a été pensé jusque dans ses moindres détails. Avec encore une fois en filigrane, les compétences psychosociales qui sont construites et qui sont réinvesties à différents moments, à différents temps d'apprentissage. Et qui sont présentes sur nombre des affichages dans votre classe, donc formalisés, institutionnalisés, mobilisables par les élèves et c'est particulièrement intéressant. 
 [Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Je vous remercie et je vous propose qu'on passe à la dernière vidéo qui va s'intéresser à la posture et au geste professionnel des enseignants. En effet, le développement des compétences psychosociales des élèves, il va être vraiment efficace que si l'adulte lui-même en position d'éducation, a des CPS développés et donc s'il incarne ces compétences psychosociales. Je l'ai dit en introduction, l'objectif de travailler ces CPS, c'est bien de développer des relations de qualité et donc on va s'intéresser avec cette dernière vidéo à la qualité de la relation pédagogique et au cadre qui permet de favoriser ses apprentissages et donc qui prend appui sur le développement des compétences psychosociales. On regarde. 
 [Séance d'empathie en classe de CM1-CM2 – 4e partie]
Je travaille sur la star de la semaine. C'est un enfant qui doit se présenter et montrer un petit peu ses centres d'intérêt. Et donc maintenant on le fait en anglais. Donc chaque enfant, l'élève en question, j'ai déjà eu une élève, Victoria, qui a commencé à présenter, à se présenter. Elle emmène un objet, un livre, quelque chose. Là, elle avait amené un petit coussin qu'on lui avait offert quand elle était petite. Et donc voilà. C'est pour aussi travailler sur la prise de parole devant les autres, apprendre à se connaître, apprendre à mieux se connaître et à créer du lien dans la classe. C'est très important pour moi la création d'un vrai groupe classe. On a un mur des bravos et même-moi j'en mets Vous avez vu, là, j'ai mis pour le temps des évaluations nationales, il y a eu beaucoup de stress et donc je les ai félicités car ils ont vraiment été très très attentifs et je m'inclus complètement dans chaque exercice en fait. On est inclus, les adultes, les enfants, c'est le groupe classe. J'ai besoin qu'ils s'approprient l'espace. Voilà, tout est murement réfléchi. Les enfants peuvent circuler, mais il y a des règles. Ça ne veut pas dire que parce qu'ils peuvent circuler librement, ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Ce n'est pas du tout ça. En fait, ça n'a rien à voir, c'est cadré, c'est défini en début d'année avec eux. Comment on se déplace dans la classe, comment on fait pour s'exprimer, comment on fait. J'ai des élèves qui sont dans le non-verbal et qui ont plus de mal pour me dire que c'est ok, pas ok. Par exemple pouce, j'ai un enfant qui a besoin de faire ça. C'est dans chaque activité que je fais, on redéfinit les règles et dès qu'ils mettent les pieds dans la classe, ils le savent en fait. Et dès que ça déborde, on repose le cadre, on repose les conditions de travail. C'est une classe par exemple, qui est très calme. C'est une vraie exigence. On a parlé de l'importance du calme, pourquoi on travaille dans le calme et c'est ok pour les enfants. Voilà, par exemple, hier j'ai ressorti qu'est-ce qui est important pour nous dans cette classe parce qu'il y avait d'autres propositions et donc on a retravaillé ensemble. C'est là qu'on a vu, on a abordé le point du confort, le confort dans la classe, avoir des coussins, le lavabo qui nous permet de se laver les mains, de boire, de remplir la gourde sans forcément avoir soif et pas savoir comment dire. J'ai besoin de remplir ma gourde. Le confort. ça a été le point abordé hier.
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Madame Bouyer, je me tourne tout de suite vers vous après cette vidéo. Quelle place accordez-vous à vos élèves dans votre classe ? 
[Emilie Bouyer - Professeure des écoles]
Alors ce qui m'importe au sein de la classe et plus globalement au sein de l'école, c'est la considération qui est donnée à la parole de l'élève. Il y a une vraie importance, je pense, de laisser la place à l'élève, de le considérer en tant que personne. La classe et encore une fois plus largement l'école, c'est le lieu où l'élève peut s'exprimer, peut exprimer ses émotions, ses ressentis, que ce soit positif et négatif. Et c'est le lieu où on peut entendre ça et justement échanger ensemble. Il y a une vraie place centrale. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Dans ce qu'on entend, ça fait écho à des notions relatives au geste professionnel, aux postures professionnelles. Donc je me tourne vers vous, Monsieur Maréchal, quelle analyse vous faites finalement de cette place et de cette considération à l'élève ? Et puis je me permets de traduire vos propos aussi à la parole de l'élève. Quelle analyse faites vous de ce que développe madame Boyer dans sa classe ? 
[Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
Alors la modeste analyse, c'est que madame Bouyer ne se contente pas d'enseigner les compétences psychosociales et l'empathie, elle les incarne au quotidien dans sa pratique professionnelle, dans ses gestes, dans ses échanges, dans ses interactions avec les élèves, dans tout ce qu'elle met en place pour les sécuriser, pour reconstruire une estime de soi qui parfois peut être dégradée chez certains élèves et qui participe d'ailleurs à nourrir certains conflits entre élèves, donc tout ce qu'elle met en place en termes de gestes professionnels, ça construit en fait les conditions d'un apprentissage qui est apaisé, qui est coopératif et qui est donc pleinement fonctionnel. Ça, c'est quelque chose de vraiment fondamental. Les élèves travaillent ensemble, ils réfléchissent ensemble, ils agissent ensemble, ils se questionnent ensemble. Et puis ils résolvent ensemble leurs éventuels différends. Voilà avec évidemment ce cadre. Et puis ce modèle aussi de l'enseignante qui est aussi modélisante dans la manière dont elle incarne justement cette empathie au quotidien. Oui, je pense que ce qui est intéressant et ce qu'on voit bien, c'est que cette démarche, elle est, elle est conscientisée, elle fait l'objet d'une réflexion sur votre pratique. Et je pense que c'est particulièrement intéressant. Et sur cette place de la parole de l'élève aussi, je ne peux pas m'empêcher de faire le lien avec le niveau sonore extrêmement bas. Je ne sais pas si c'est très visible sur les vidéos, mais en tout cas, c'est ça. Ça saute aux yeux j'allais dire, enfin aux oreilles quand on est dans votre classe. Est-ce que vous l'avez remarqué aussi ? Ne me demandez pas de vous l'expliquer. Le levier. Le vieux professeur des écoles de cycle 3 que je suis, qui a beaucoup pratiqué la pédagogie coopérative est tout à fait conscient que quand on fait collaborer les élèves autour d'une tâche scolaire, le niveau sonore monte très vite. Je l'ai expérimenté en tant qu'enseignant. Je ne sais pas comment ça se passe chez elle. Effectivement, je vois souvent dans des classes qui pratiquent la pédagogie de coopération des dispositifs vous savez, avec des petits feux vert, orange et rouge qui changent de couleur en fonction du niveau sonore. Madame Bouyer n'a pas besoin de ça, mais les élèves ont très vite compris en fait que cette constante sonore, la plus basse possible, est indispensable à ce travail qu'elle met en place. Ils l'ont compris très tôt puisqu'on le voit dans les vidéos. On est très tôt dans l'année, on est au mois de septembre, au moment du tournage et ça va de soi. Donc je pense que c'est aussi le fait d'avoir travaillé dès le départ pour construire les règles de vie et les règles de mise au travail et d'activités scolaires autour des besoins des élèves, d'avoir fait cet espèce de recueil des besoins. Les élèves ont identifié les bonnes conditions pour travailler en individuel, en collectif, etc Ils en ont construit des règles. Et tout part de ce constat de besoin initial qui est mené par les élèves avec évidemment l'appui de l'enseignante. Je crois que l'on peut aussi rappeler que vous suivez le travail de madame Bouyer depuis plusieurs années. Donc voilà, c'est une constante dans ces classes et je pense qu'on peut faire un lien effectivement sur certaines pratiques pédagogiques qui peuvent être évidemment transférables et mobilisables par les collègues, et notamment le fait que chaque élève puisse sentir sa parole entendue, considérée. Du coup, il n'y a pas besoin de monter et valoriser. Il n'y a pas besoin d'élever la voix pour passer par-dessus la parole de l'autre, pour pour se retrouver et pour être entendu. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Donc je me tourne vers chercheur, monsieur Villemonteix. Comment est-ce que vous traduisez tout ce qu'on vient de voir là dans les intentions de madame Bouyer, dans sa pratique de classe, dans l'analyse, en termes de posture et de gestes professionnels réalisés par son inspecteur ? Comment est ce que vous traduisez ça en termes CPS si je puis dire ? Qu'est ce qu'on mobilise ? Qu'est ce qui se joue dans cette manière de faire classe et dans l'impact qu'on a constaté sur le climat de classe et sur les apprentissages ? 
[Thomas Villemonteix - Maître de conférences - Université Paris 8]
Oui, je pense que c'est une pratique dans son ensemble, des gestes professionnels qui sont au service de l'ensemble des compétences psychosociales des élèves. Mais là, par rapport à la vidéo, si je devais en pointer une en particulier, je pense à la capacité de régulation du comportement. On sait que c'est une compétence fondamentale de l'élève d'être en capacité de réguler son comportement pour répondre aux attentes de la classe, que ce soit en termes de volume sonore, en termes de prise de parole. On a plusieurs éléments ici qui vont être favorables au développement de cette compétence psychosociale, notamment ce travail qu'on a mentionné autour de l'explicitation en début d'année des règles de la vie de classe. Je tiens à revenir dessus parce que ce travail spécifique, on le retrouve dans l'ensemble des programmes internationaux qui ont des preuves scientifiques d'impact justement sur ces de comportement dans les classes. Et pourquoi c'est important ? Parce que les élèves vont être impliqués dans la mise en forme de ces règles et on voit qu'il y a un travail, notamment pour les expliciter et aussi les réincarner quand on commence une nouvelle activité qui va pouvoir mobiliser parfois des règles un peu différentes en termes de volume sonore ou autre. On dit généralement, ou on trouve dans ces programmes l'idée que le premier mois de l'année est vraiment mois fondateur pour la vie de la classe et qu'il y a un temps très important qui devrait être consacré à cette explicitation et cette mise en place des règles de la vie de la classe. Pourquoi notamment ? Parce qu'on a des élèves qui ont déjà implicitement, quand ils arrivent à l'école, différentes années, les codes de la vie de l'école. Il y a des élèves pour différentes raisons, différentes fragilités qui ont moins implicitement ces règles-là. Et donc le fait de les expliciter et de mettre du sens sur ces règles, de comprendre pourquoi on fait telle ou telle chose et de pouvoir le définir ensemble, ça va vraiment considérablement favoriser la vie du groupe classe. Et puis, il y a une autre pratique également qu'on a pu voir dans la vidéo, qui est également très favorable pour la régulation du comportement, notamment pour les élèves plus fragiles. C'est ce qu'on appelle les feedback positifs. Donc le tableau avec les bravos. Les élèves qui sont plus en difficulté pour répondre aux attendus de l'apprentissage de la vie de la classe sont parfois un échec à un moment donné de la journée ou à un autre. Et la répétition des échecs va aura un impact sur l'estime de soi et la capacité de l'enseignant à faire également des feedback positifs lorsqu'il y a des choses positives qui sont amenées à la classe, lorsqu'il y a des progrès, lorsqu'il y a même des tentatives de mieux faire, même si parfois on échoue, ça va amener une balance dans la relation affective et ça va pouvoir compenser je dirais, ces retours parfois plus négatifs lorsqu'un élève n'a pas réussi quelque chose. Et c'est cet équilibre entre le positif et le négatif, en réalité, même l'idée qu'il y a de plus en plus de positif qui est renvoyé à l'élève ou qu'on trouve le positif, même quand il y a du progrès à faire dans certaines choses, qui va aussi favoriser une relation de qualité entre l'enseignant et l'élève et donc les apprentissages, la réussite scolaire et la suite de la scolarité. Et donc ça va permettre aussi de nourrir peut être sa motivation du coup et son et son envie de faire partie de cette classe et d'en suivre les codes, ce qui est souvent intéressant, je trouve quand on parle de développer les compétences psychosociales, c'est qu'on rend visible l'invisible. On pose des mots sur des choses qui sont effectivement intégrées assez naturelles chez certains de nos élèves. Et on sait que les compétences psychosociales, elles, sont quand même corrélées à l'origine sociale des élèves. Les études le montrent. Et donc ça permet aussi de développer ces compétences chez l'ensemble de nos élèves et leur permettre d'accéder aux apprentissages. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Donc je vous remercie pour ces riches échanges qui, je l'espère, vont donner des clés aux enseignants qui nous regardent pour se lancer dans ces séances. Bien sûr, au-delà de cette émission, nous travaillons en lien étroit avec les académies et notamment à des modalités de formation complémentaires à cette émission et d'accompagnement des professeurs. Donc, je me tourne vers nos trois invités pour un mot de la fin et tout d'abord vers vous, Thomas Villemonteix. 
[Thomas Villemonteix - Maître de conférences - Université Paris 8]
Oui, on était quelques chercheurs, chercheuses, pédagogues à travailler sur le kit empathie et c'est vraiment un plaisir de voir ces activités déployées sur le terrain de si belle manière, si riche et j'ai été aussi très impressionné je dois dire, par la complémentarité qu'on a pu observer entre l'apprentissage formel informel et cette intégration continue du travail, des compétences psychosociales. C'est vraiment très impressionnant comme témoignage. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Merci beaucoup. Eddy Maréchal, le mot de la fin. 
[Eddy Maréchal - Inspecteur de l'éducation nationale]
Alors ce que je garde de ces deux années de suivi des classes de madame Bouyer, c'est la constance des résultats. Avec cette pratique bien identifiée, c'est la constance des résultats en termes de qualité des situations, d'apprentissage de l'ambiance de l'atmosphère de classe, la qualité globale de la relation entre les élèves, entre les pairs, la qualité des coopérations dans les apprentissages. Donc deux années, deux fois la même approche, deux fois la même mise en œuvre et deux fois les mêmes résultats. Donc ça veut dire que ça fonctionne et que ça fait du bien aux élèves et donc aux enseignants également. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Merci beaucoup. Émilie Bouyer pour votre mot de la fin. L'enseignement des compétences psychosociales à l'école, ça me paraît maintenant clairement, c'est une évidence. C'est essentiel. C'est complètement intégré à ma pratique de classe. Et puis, quand je revois ces vidéos, quand je vois mes élèves, je suis extrêmement fière de les voir s'exprimer librement, de de les voir prendre leur place d'élève et puis après, pour plus tard, je suis persuadé qu'on sème des petites graines là et que dans leur valorisation de soi, ça portera ses fruits et c'est pour moi essentiel. C'est tout notre rôle. 
[Claire Bey - Cheffe du bureau de la santé et de l'action sociale – Dgesco]
Voilà, merci beaucoup. Merci pour tous vos témoignages. Merci surtout à vous d'avoir permis de rencontrer vos élèves et de les voir heureux d'apprendre et d'aller à l'école à vos côtés. Merci à vous qui nous écoutez. Si vous voulez en savoir plus sur le développement des compétences psychosociales à l'école, vous pouvez aller consulter notre page éduscol consacrée au développement des compétences psychosociales, sur laquelle vous retrouverez notamment le kit empathie. Très bonne fin de journée à toutes et à tous.[Remerciements aux trois experts ainsi qu’à l’académie de Versailles
Épisode réalisé par le bureau de la formation des personnels enseignants et d’éducation en collaboration avec le bureau de la santé et de l’action sociale, et le bureau de l’information et de la diffusion de la direction Générale de l’enseignement scolaire]
[Musique French Trade – Muted and Moody – Kitch and Co par David Benaroch – Studio victoires, Paris]
[Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche]

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L'expérimentation 2023-2024

Une phase d’expérimentation de séances d'empathie a été conduite durant l’année scolaire 2023-2024 dans plus de 1000 écoles. Cette expérimentation a démontré une amélioration notable du climat scolaire ainsi que des ressentis positifs concernant les conditions d’apprentissage, la qualité des relations et le bien-être des élèves et des équipes éducatives.

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